Viole de gambe

La viole de gambe ou viole est un instrument de musique à cordes ainsi qu'à frettes joué avec un archet. Le terme italien viola da gamba le distingue de la viola da braccio par la différence de la tenue de l'instrument.



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Instrument de musique classique - Instrument à cordes frottées - Musique ancienne

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Au premier plan une viole de gambe, au second plan une viola da braccio ; Retable d'Issenheim par Mathias Grünewald

La viole de gambe (qui veut dire la «viole de jambe») ou viole est un instrument de musique à cordes ainsi qu'à frettes joué avec un archet. Le terme italien viola da gamba le distingue de la viola da braccio par la différence de la tenue de l'instrument (la basse de viole est tenue entre les jambes, d'où son nom, et l'archet est aussi tenu de façon différente).

Tailles

Il existe 7 tailles de viole de gambe : (toutes les tailles sont tenues entre les jambes, sauf la contrebasse)

Instrument Accord
Pardessus de viole Accord pardessus viole.png
Dessus de viole Accord dessus viole.png
Viole de gambe alto Accord viole alto.png
Viole de gambe ténor Accord viole tenor.png
Basse de viole de gambe Accord viole.jpg
Grande basse de viole Grande basse viole.png
Contre basse de viole Accord contrebasse viole.png

Au contraire de une idée couramment répandue, les deux familles, celle du violon et de la viole, n'ont aucune relation entre elles : la viole de gambe n'est pas l'ancêtre du violon. Elles sont apparues presque simultanément, mais dans différentes parties de l'Europe.

Histoire des violes de gambe

Origines : de l'Espagne à l'Italie

La viole de gambe est née dans la région de Valence en Espagne à la fin du XVe siècle. La première peinture représentant une viole de gambe jouée par un ange, trouvée à Xativa (Valencia), date de 1475 [2]. Par ses frettes, le nombre de ses cordes (six) et l'accord (en quartes, avec une tierce au milieu), cet instrument dérive du luth ou de la vihuela. La viole de gambe peut être reconnue comme un «luth à archet». On la joue en la tenant sur les genoux, d'où son nom, venant de l'italien «da gamba» qui veut dire jambes.

la famille des violes de gambe

La viole de Gambe dérive du «rebab», apporté en Espagne par les Maures vers le VIIIe siècle. Elle s'est en premier lieu développée en Espagne, puis a connu des heures de gloire en Italie. En effet, l'année 1492, l'Espagnol Valencian Rodrigo Borja (en italien Borgia) fut élu au trône papal et devnt Alexandre VI. Or le Pape amena de nombreux violistes à Rome, lesquels étaient employés pour la musique d'église. La viole eut alors un succès énorme en Italie et Isabelle d'Este, amoureuse de la «viole a la spagnola» en commanda plusieurs à un luthier renommé, Giovanni Kerlino, à Brescia.

Instruments de la Renaissance

Ces nouvelles violes fleurirent légèrement partout sur le sol fertile de la renaissance italienne, et , au début du XVIe siècle, un nombre énorme de traités (à une époque où l'impression des ouvrages était extrêmement chère!), contribua à la rapide diffusion ainsi qu'à l'immense popularité du nouvel instrument. Ces travaux sont intéressants, par leur avance invraisemblable et leur compréhension particulièrement élaborée des possibilités expressives d'un instrument à cordes. Ainsi, en 1542 et 1543, le traité de Ganassi, «Regola Rubertina», ne trouva pas d'égal avant le traité de Leopold Mozart en 1756.

Des centres de fabrication de l'instrument en Italie, sont nés des instruments magnifiques. D'importantes «dynasties» de luthiers comme Amati, Stradivari, Guarneri et Ruggieri contribuèrent à élever le nom de Crémone au plus haut niveau. La ville de Brescia comporte aussi deux noms, Gasparo da Saló (1549 – 1609), et Giovanni Paolo Maggini (1580 - 1630) dont les instruments sont reconnus comme des instruments de premier choix par les solistes actuels. De Crémone, Brescia, mais également Milan, Venise, Mantoue, Bologne, Florence, Rome et Naples sont sortis, de 1540 à 1780, des «viola da gamba» et «viola da braccio» («viole de bras» : c'est ainsi qu'on nommait les instruments de la famille du violon) dont la qualité reste inégalée jusqu'à nos jours. De l'Italie et de l'Espagne, la viole de gambe s'est alors diffusée dans toute l'Europe. Elle fut en vogue jusqu'à la révolution française, quoique certains en jouèrent toujours jusque vers 1800.

L'éclipse

Le répertoire de cet instrument tombé dans l'oubli pendant plus de deux siècles ressortit à la musique baroque. La viole a en effet été supplantée par le violoncelle, malgré le traité d'Hubert Le Blanc : «Défense de la basse de viole contre les entreprises du violon et les prétentions du violoncelle» (1740) et la tentative de création par Michel Corrette, vers 1780, d'un hybride, la viole d'Orphée, définie par ce dernier comme un «nouvel instrument ajusté sur l'ancienne viole, utile en concert pour accompagner la voix et pour jouer des sonates», avec cette encourageante addition : «Les dames, en jouant de notre viole d'Orphée, n'en paraîtront que plus aimable, l'attitude étant aussi avantageuse que celle du clavecin.» (La viole d'Orphée était pourvue de cordes en métal et n'avait pas de frettes. Elle avait une sonorité complètement différente de la viole et du violoncelle, chargée d'harmonique, en particulier timbrée. La totalité Lachrimæ Consort a reconstitué l'instrument et l'a enregistré (viole d'Orphée : Philippe Foulon). Si la viole a fini par disparaître, c'est parce que le violon, qui était à l'origine un instrument de rue et de cabaret dont le noble ne pouvait pas jouer, prenait progressivement ses lettres de noblesse... Qui plus est , au cours de la révolution française et après, les violes, probablement jugées trop aristocratiques, furent transformées en violoncelles, violons et altos...

La redécouverte

Depuis la redécouverte de la musique baroque (ou du moins la découverte de sa spécificité comme telle) dans le dernier tiers du XXe siècle, la viole a progressivement été remise au goût du jour, surtout par des interprètes comme les St Georges (pères et fils), Hannelore Müller, August Wentzinger (Bâle), et plus récemment Wieland Kuijken (Bruxelles) et en Espagne par Jordi Savall et son ensemble Hespèrion XX ; Jonathan Dunford et son ensemble à deux violes esgales  ; ou encore José Vázquez et son ensemble Orpheon. Le film Tous les matins du monde d'Alain Corneau, pour lequel le luthier Pierre Jaquier a réalisé les instruments, a aidé la viole à être appréciée par le grand public. Depuis lors, il n'est pas rare que des pièces originellement écrites pour viole mais jouées depuis la période romantique exclusivement sur violoncelle, soient à nouveau interprétées sur viole.

Le répertoire

Bien que la littérature de consort comprenne des pièces pour 2 à 7 musiciens, la combinaison de deux dessus, deux ténors et deux basses formait un «assortiment de violes» qui auraient parfaitement dû être fabriquées par le même luthier. À cause de ses accents délicats, riches et finement nuancés, la viole était employée plutôt dans les polyphonies, soit combinée à d'autres voix (motets, madrigaux, chansons), soit dans des formes instrumentales dérivant de modèles vocaux (Ricercare, Canzona, Tiento et Fantasia). Les maîtres anglais – Byrd, Ferrabosco, Gibbons, Coperario, Lawes, Purcell – trouvèrent dans la fantaisie contrapontique la forme par excellence dans laquelle exprimer les pensées les plus érudites, et la poésie la plus sublime. Par respect pour leur mérite artistique ces œuvres peuvent non seulement être comparées aux chefs-d'œuvre de la poésie et de l'art dramatique de leurs contemporains anglais, ainsi qu'aux chefs-d'œuvre de la musique de chambre de l'ensemble des périodes. Ainsi quand Mersenne souhaite montrer quel style de musique convient le mieux à la viole, il choisit d'imprimer une fantaisie à six parties de Alfonso Ferrabosco, anglais malgré son nom !

L'instrument aristocratique

Madame Henriette, fille de Louis XV jouant de la basse de viole, par Jean-Marc Nattier, huile sur toile, 246x185cm, château de Versailles.

La viole était à proprement parler un instrument aristocratique dont l'étude faisait partie de l'éducation artistique d'un gentleman, tout comme le luth, le clavecin et le chant. Elle était utilisée essentiellement dans la musique sérieuse, dans les milieux éduqués, contrairement au violon, qui n'était employé à ses débuts que par des musiciens professionnels et des ménestrels pour la danse et les divertissements. Ainsi, dans son manuel du courtisan Il Libro del Cortegiano de 1528, Baldassare Castiglione considère la pratique de la viole comme indispensable à l'éducation d'un noble : «La musique n'est pas simplement un amusement, mais une obligation pour un courtisan. Elle devrait être pratiquée en présence de dames, parce qu'elle prédispose l'individu à toutes sortes de pensées... Et la musique à quatre violes est particulièrement enchanteresse, parce qu'elle est particulièrement délicate douce et ingénieuse.»

Relayant les idées de l'Humanisme Italien, les princes amoureux d'art que furent François Ier (†1547) et Henry VIII (†1547) amenèrent respectivement en France et en Angleterre, non seulement les plus grands peintres, sculpteurs et penseurs d'Italie, mais également les compositeurs et musiciens de ce pays. À l'époque où la pensée néoplatonicienne était présente à l'esprit de chacun, Pétrarque et l'Arioste sur l'ensemble des lèvres, la viole de gambe était dans l'ensemble des mains !

Lutherie

Les instruments de la famille des violes ont une forme particulièrement variable, qui n'a pas été standardisée. Aussi, on ne peut pas parler de la forme de la viole de gambe, mais des formes. Les violes italiennes par exemple, avaient la même forme que les instruments de la famille du violon[3], [4], tandis que les violes anglaises ont des «épaules» cadentes, comme la contrebasse moderne[5]… mais il existe aussi des formes plus originales[6]. Le son est reconnu plus doux, peut-être plus mélancolique, que celui du violon, ou énormément plus aigre et grinçant, selon les sensibilités : en effet, la viole de gambe est un instrument dont la popularité connaît des éclipses. Au XVIIe siècle, en France, c'était l'instrument noble, alors que les violons, reconnus comme instruments populaires, étaient réservés à l'accompagnement des danses ainsi qu'aux musiciens de rue.

Quelques compositeurs d'œuvres pour violes de gambe

  • Henry Purcell
  • William Brade
  • William Lawes
  • Sainte Colombe
  • Marin Marais
  • Louis de Caix d'Hervelois
  • Antoine Forqueray
  • François Couperin
  • Diego Ortiz
  • Jean Sébastien Bach
  • Christopher Simpson

Notes et références

  1. (en) Viola da gamba Pardessus de viole à cinque cordes sur Orphéon. Consulté le 2 mars 2010
  2. (en) The Oldest Viola da gamba in History sur Orphéon. Consulté le 2 mars 2010
  3. (en) Viola da gamba, Bass by Giovanni Paolo Maggini sur Orphéon. Consulté le 2 mars 2010
  4. (en) Viola da gamba, Bass by Gianbattista Grancino (Milano, 1697) sur Orphéon. Consulté le 2 mars 2010
  5. (en) Viola da gamba, Bass by Edward Lewis (London, 1687) sur Orphéon. Consulté le 2 mars 2010
  6. (en) Viola da gamba, Treble II, ca. 1730, (in leaf form) sur Orphéon. Consulté le 2 mars 2010

Voir aussi

Liens externes

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Ce texte est issu de l'encyclopédie Wikipedia. Vous pouvez consulter sa version originale dans cette encyclopédie à l'adresse http://fr.wikipedia.org/wiki/Viole.
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La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 14/12/2010.
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